La question du « pourquoi » est sans doute la plus honnête que l’on puisse poser, car elle ne cherche pas à se contenter d’une habitude ou d’une convention, mais à toucher une vérité qui puisse soutenir une vie entière.
Peut-être que la réponse ne réside pas d’abord dans une preuve intellectuelle à saisir, mais dans une manière différente d’habiter votre propre existence. Jean-Pierre de Caussade suggère que Dieu se donne précisément là où nous ne l’attendons pas, dans l’épaisseur même de notre réalité quotidienne : « car il faut de la foi pour trouver Dieu en tout cela et cette vie divine qui ne s'y voit et ne s'y sent pas, mais s'y donne à tout moment d'une manière inconnue, mais très certaine » [1]. Croire, ce n’est peut-être pas adhérer à une idée abstraite, mais consentir à découvrir que votre vie, avec ses doutes et ses tâtonnements, est déjà le lieu d’une présence qui vous attend.
Il est naturel de chercher Dieu comme on chercherait une évidence claire, pourtant il semble souvent se dérober à nos catégories pour se laisser trouver autrement. Le même auteur nous rappelle avec douceur que nos recherches elles-mêmes sont déjà habitées par Celui que nous croyons absent : « Vous cherchez Dieu, chère âme, et il est partout, tout vous l’annonce, tout vous le donne, il a passé à côté, autour, au-dedans, au travers de vous, il y demeure et vous le cherchez. Ah ! vous cherchez l’idée de Dieu avec sa substance ; vous cherchez la perfection et elle est dans tout ce qui se présente à vous de soi-même » [2]. Votre interrogation n’est pas un obstacle sur le chemin, elle est peut-être le chemin lui-même, car Dieu se cache sous l’apparence de votre quête pour vous attirer vers une confiance plus profonde que la seule certitude rationnelle.
Et lorsque les mots ou les concepts manquent, il reste toujours la simplicité d’un mouvement du cœur. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus décrit cette voie accessible à tous, même à ceux qui ne savent pas prier ou qui doutent : « Pour moi, la prière c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au milieu de l'épreuve comme au sein de la joie! Enfin c'est quelque chose d'élevé, de surnaturel, qui dilate l'âme et l'unit à Dieu » [4]. Vous n’avez pas besoin de posséder Dieu pour commencer à vous tourner vers Lui ; il suffit parfois de ce simple regard, de cette ouverture silencieuse qui est déjà, en elle-même, un acte de foi.
Loin d’être une source d’inquiétude, cette foi vécue dans l’incertitude peut devenir un appui solide. Le frère Laurent de la Résurrection en témoigne avec une paix étonnante : « la foi me donne la conviction qu’Il ne nous abandonne jamais, tant que nous ne l’avons pas abandonné les premiers. Craignons de Le quitter. Soyons toujours avec Lui » [3]. Croire en Dieu, c’est finalement accepter de se laisser tenir par une fidélité qui ne dépend pas de nos sentiments ou de nos compréhensions parfaites, mais de Sa présence constante.
J’espère que ces paroles éclairent un peu le sens de votre recherche et répondent à ce qui vous anime aujourd’hui.