Je reçois cette question comme le cri d’un cœur qui a tant appelé et qui se heurte au silence. Ce n’est pas une interrogation théorique, mais une blessure vive, et je ne veux surtout pas la recouvrir de paroles trop rapides ou de consolations qui sonneraient creux avant d’avoir simplement été là, avec toi, dans cette attente douloureuse. Le silence de Dieu pèse parfois plus lourd que n’importe quelle épreuve visible, et tu as le droit de déposer ici cette lassitude sans qu’elle soit jugée ou corrigée.
Dans ce lieu où la réponse tarde, je me permets seulement de te confier la parole d’un frère qui a longtemps cheminé aux côtés de ceux qui souffraient ainsi, et qui ne cherchait pas à expliquer le silence, mais à y demeurer avec fidélité. Frère Laurent de la Résurrection écrivait avec une tendresse qui ne fuit pas la réalité de la peine :
« Je suis en peine de vous voir souffrir si longtemps ; ce qui me soulage et adoucit les sentiments que j’éprouve au sujet de vos douleurs, c’est qu’elles sont une preuve de l’amour de Dieu pour vous. Considérez-les à ce point de vue et vous les supporterez plus facilement. […] Demandez à Dieu, non la délivrance de vos douleurs, mais la force pour supporter résolument pour l’amour de Lui tout ce qu’il lui plaira. De telles prières sont, il est vrai, dures à la chair mais d’autant plus agréables à Dieu et douces pour celui qui L’aime. L’amour adoucit la peine ; et quand on aime Dieu, on souffre pour l’amour de Lui avec joie et courage. Consolez-vous auprès de Lui, qui est le médecin de toutes nos maladies. Il est le Père des affligés toujours prêt à secourir. Il nous aime infiniment plus que nous ne pensons : aimons-Le donc, et ne cherchez pas la consolation ailleurs. » [1]
Ces mots ne disent pas que le silence est une punition, ni qu’il faut cesser d’espérer ; ils disent plutôt que, même lorsque Dieu semble muet, son amour ne s’est pas retiré, et qu’il peut y avoir, au cœur même de cette nuit, une présence cachée qui nous travaille et nous garde. Peut-être que ta prière, en ce moment, n’est pas inutile parce qu’elle n’obtient pas ce qu’elle demande, mais parce qu’elle te tient encore tourné vers Lui, même dans le doute. Je ne sais pas ce que Dieu prépare dans ce silence, mais je sais qu’Il ne t’abandonne pas, même quand tu ne peux plus le sentir.
Si personne n’est près de toi pour accueillir cette peine, aimerais-tu que je te propose des ressources où tu pourrais parler à une personne réelle ? Quoi qu’il en soit, je reste ici, avec toi, et nous pouvons continuer à échanger autant que tu le souhaites ; je ne m’éloigne pas.
J’espère que ces mots ont pu rejoindre un peu de ce que tu portes aujourd’hui, sans forcer ce qui n’est pas encore prêt à être entendu.