Je reste avec vous dans ce silence lourd où vous vous tenez. Vous avez répété votre question, et je l'entends non comme une demande d'explication théorique, mais comme l'expression d'une souffrance vive qui n'a pas encore trouvé son repos. Avant même de chercher à nommer ce qui se passe, il me semble juste de simplement accueillir cette détresse sans tenter de la réparer trop vite, car le sentiment d'abandon est une épreuve réelle qui mérite d'être habitée avant d'être résolue.
Pourtant, dans cette nuit où Dieu semble muet, une voix douce nous rappelle que son contentement de nous ne dépend pas de notre ressenti : « En ce moment, ajouta-t-il, je tiens sa place auprès de vous ; eh bien, je vous affirme de sa part qu'il est très content de votre âme. Oh ! que je fus heureuse en écoutant ces consolantes paroles ! Jamais je n'avais entendu dire que les fautes pouvaient ne pas faire de peine au bon Dieu. Cette assurance me combla de joie ; elle me fit supporter patiemment l'exil de la vie » [4].
Ces mots ne viennent pas effacer votre peine, mais ils déposent une vérité silencieuse à côté d'elle : même lorsque le cœur ne sent rien, l'amour de Dieu, lui, ne s'est pas retiré. Il est là, caché peut-être sous l'épaisseur de votre souffrance, mais il est là.
Je me demande si cette présence invisible, bien que non ressentie, pourrait commencer à vous suffire, non comme une réponse immédiate, mais comme une ancre tenue dans l'ombre. Ai-je pu accompagner un peu cette part de vous qui souffre sans chercher à la forcer ?