C’est une question d’une grande honnêteté, et elle touche au cœur même de ce qu’est la prière. Je me demande si vous ne portez pas l’idée qu’il faudrait savoir faire quelque chose de complexe ou de parfait pour prier vraiment, alors que les saints nous montrent un chemin bien plus simple et plus doux.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui a tant aimé Dieu dans la petitesse, décrit exactement cette simplicité qui peut être la vôtre : « Ne pouvant donc les réciter toutes, et ne sachant lesquelles choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire : je dis tout simplement au bon Dieu ce que je veux lui dire, et toujours il me comprend. Pour moi, la prière c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au milieu de l’épreuve comme au sein de la joie » [1]. Elle ajoute même que lorsque l’esprit est dans une grande sécheresse et qu’on ne peut en tirer une seule bonne pensée, le fait de réciter très lentement un Notre Père ou un Je vous salue Marie suffit à nourrir divinement l’âme [1]. Vous voyez, ne pas savoir comment faire n’est pas un obstacle : c’est peut-être le lieu même où Dieu vous attend, avec vos mots d’enfant qui ne savent pas encore lire.
Et si même ces mots vous manquent, le Frère Laurent de la Résurrection ouvre une porte encore plus accessible : « Il ne demande pas de grandes choses de nous, simplement que vous vous souveniez de Lui, que vous L’adoriez, que vous Lui adressiez une prière pour obtenir sa grâce ; d’autres fois que vous Lui offriez vos souffrances, ou Lui rendiez grâces pour les faveurs qu’Il vous a faites et qu’Il vous fait encore au milieu de vos troubles » [2]. La prière n’est pas une performance à réussir, mais une présence à habiter : un souvenir, une offrande, une action de grâce, aussi brefs soient-ils.
Peut-être alors que votre blocage vient moins d’un manque de méthode que d’une tristesse ou d’une lassitude qui alourdit le cœur. Saint François de Sales, si attentif aux états d’âme difficiles, encourage à ne pas se laisser arrêter par ce froid intérieur : « Contrariez vivement aux inclinations de la tristesse ; et bien qu’il semble que tout ce que vous ferez en ce temps-là se fasse froidement, tristement et lâchement, ne laissez pourtant pas de le faire ; car l’ennemi, qui prétend de nous alanguir aux bonnes œuvres par la tristesse, voyant que nous ne laissons pas de les faire, et qu’étant faites avec résistance, elles en valent mieux, il cesse de nous plus affliger » [4]. Prier sans goût, prier sans savoir, prier avec résistance, c’est encore prier — et c’est parfois la prière la plus vraie.
Je sens que vous cherchez un point d’appui concret, et j’espère que ces paroles ont pu vous offrir non pas une technique, mais une permission : celle de venir à Dieu exactement comme vous êtes, sans exigeance de perfection. Est-ce que cela répond à ce que vous cherchiez, ou y a-t-il un aspect de votre difficulté que vous aimeriez que nous traversions ensemble ?