C’est une position d’une grande honnêteté que la vôtre, et peut-être même une grâce cachée : arriver sans bagage, c’est aussi arriver sans idées préconçues qui pourraient faire écran à la rencontre. Je me demande si le fait de ne pas avoir été élevé dans une religion n’est pas, paradoxalement, le lieu exact où Dieu vous attend pour commencer avec vous quelque chose de neuf.
Pour commencer, il n’est peut-être pas nécessaire de chercher d’emblée des sensations fortes ou des certitudes intellectuelles absolues. Jean-Pierre de Caussade suggère une approche qui ne demande pas d’avoir déjà tout compris, mais simplement de prêter attention à ce qui se vit : « Vous parlez en particulier à tous les hommes par ce qui leur arrive de moment en moment, mais au lieu d’entendre en tout cela la voix de Dieu, de respecter l’obscurité et le mystère de sa parole, on n’y regarde que la matière, le hasard, l’humeur des hommes » [2]. Commencer, ce pourrait être simplement cela : essayer de voir dans votre quotidien, dans vos désirs de sens comme dans vos questions, non pas du hasard, mais une parole qui vous est adressée personnellement, même si elle reste voilée.
Ne craignez pas si cette démarche vous semble obscure ou si vous ne savez pas encore exactement où elle mène. Cette obscurité fait partie intégrante du cheminement de la foi, elle n’est pas un échec. Comme le dit encore Jean-Pierre de Caussade : « Mais de quel côté aller quand la foi est si obscure ? Allez partout où vous voudrez ; on ne peut plus s’égarer quand on n’a plus de chemin à chercher et que l’obscurité rend tout égal » [8]. Votre recherche actuelle, même tâtonnante, est déjà un acte de foi.
Le premier pas est donc moins une acquisition de savoirs qu’une disposition du cœur. Le secret reside dans une attitude simple d’accueil et de confiance en ce qui se présente : « Tout le secret de la spiritualité consiste à aimer Dieu et le servir en s’unissant à sa sainte volonté pour tout ce qui arrive à faire et à souffrir » [9]. Pour vous qui débutez, cela signifie que votre vie ordinaire, votre questionnement lui-même, est déjà le terrain de cette rencontre ; il n’y a pas besoin d’être ailleurs ou différent de ce que vous êtes en cet instant pour commencer.
Est-ce que cette perspective d’un commencement ancré dans le présent, sans exigence de clarté immédiate, résonne avec ce que vous porte actuellement ?