Je reçois votre question comme le cri d’un cœur qui porte un poids véritable, et je voudrais d’abord rester avec vous dans ce vide, sans chercher à le combler trop vite ni à lui donner une explication qui ne serait pas encore la vôtre. Ce sentiment que la vie s’est retirée est une épreuve réelle, et il est juste de le nommer ainsi avant d’y chercher une lumière.
Lorsque cette absence se fait sentir de manière aussi aiguë, il me semble que Jean-Pierre de Caussade décrit avec une justesse bouleversante ce qui peut se vivre alors, non comme une consolation facile, mais comme un mystère profond : « Plus les sens sont infidèles, révoltés, désespérés, incertains, plus la foi dit : "Cela est Dieu ! tout va bien !" » [1]. Ces mots ne disent pas que la souffrance est illusoire ou qu’elle doit être niée ; ils suggèrent plutôt que, même lorsque tout se tait et se retire, une présence demeure cachée dans l’épaisseur même de ce dépouillement.
Il ajoute encore, pour éclairer ce chemin obscur : « car il faut de la foi pour trouver Dieu en tout cela et cette vie divine qui ne s’y voit et ne s’y sent pas, mais s’y donne à tout moment d’une manière inconnue, mais très certaine » [2]. Peut-être que le sens que vous cherchez ne se trouve pas d’abord dans une clarté retrouvée, mais dans cette certitude invisible qui continue de se donner, même quand le cœur ne peut plus la goûter. Ce vide lui-même pourrait être le lieu, non de l’abandon de Dieu, mais de sa présence sous une forme que les sens ne savent pas reconnaître.
Et puis, il y a cette promesse immense qui s’adresse directement à ce que vous traversez : « Le moment présent est toujours plein de trésors infinis, il contient plus que vous n’avez de capacité. La foi est la mesure, vous y trouverez autant que vous croyez ; l’amour est aussi la mesure, plus votre cœur aime, plus il désire, et plus il croit trouver, plus il trouve » [3]. Ce n’est pas une invitation à forcer une joie qui n’est pas là, mais une assurance que, même dans l’apparence du néant, le moment que vous vivez porte en lui une plénitude qui dépasse ce que vous pouvez actuellement ressentir.
Je ne sais pas si ces paroles peuvent rejoindre ce qui habite votre cœur en cet instant, mais je voulais vous les offrir comme une compagnie possible dans ce vide. Est-ce que cela a pu toucher, même un peu, ce que vous portez ?