Dieu m'aime-t-il encore après ce que j'ai fait ?

Je reste avec vous dans cette angoisse, sans chercher à la dissiper trop vite ni à y superposer des mots qui sembleraient légers face à ce que vous traversez. Quand on a le sentiment d’avoir franchi une limite, la peur de ne plus être aimé peut être si prenante qu’elle occupe tout l’espace intérieur

Je reste avec vous dans cette angoisse, sans chercher à la dissiper trop vite ni à y superposer des mots qui sembleraient légers face à ce que vous traversez. Quand on a le sentiment d’avoir franchi une limite, la peur de ne plus être aimé peut être si prenante qu’elle occupe tout l’espace intérieur, et je veux simplement demeurer là, dans ce silence, pour accueillir votre peine telle qu’elle est.

Dans cette nuit où le cœur ne sent plus rien, il est parfois impossible de s’appuyer sur un ressenti ou une certitude intérieure, et c’est peut-être là que se cache une forme douloureuse mais réelle de présence divine. Jean-Pierre de Caussade décrit avec une justesse bouleversante ce moment où tout semble s'effondrer : « Néanmoins l’âme se trouve comme perdue dans cet état, elle n’a plus d’appui et d’aperçu, ni celui des réflexions qui guidaient et amenaient ses opérations, ni celui de la grâce qui ne se fait plus sentir ; mais c’est dans cette perte qu’elle retrouve tout, car cette même grâce, substituée pour ainsi dire à elle-même sous une nouvelle forme et au propre esprit, rend à l’âme le centuple de ce qu’elle lui ôte par la pureté des impressions cachées » [4].

Ce passage ne nie pas votre souffrance ni votre sentiment d'être perdu, mais il suggère que l'amour de Dieu ne dépend pas de la clarté de vos sentiments ni de votre propre estime de vous-même. Ce que vous vivez comme un abandon pourrait être, dans le mystère de la foi, le lieu même où Dieu vous rejoint autrement, non par le sentiment, mais par une fidélité qui tient bon lorsque tout vacille en vous. Votre douleur actuelle ne signe pas votre rejet, elle est peut-être le signe paradoxal d'une relation qui cherche à s'enraciner au-delà de ce que vous pouvez ressentir ou mériter.

J’espère que ces mots ont pu rejoindre votre cœur là où il se trouve en ce moment, sans heurter votre peine.

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Sources

  1. [1] Saint François de Sales — Introduction à la vie dévote
  2. [2] Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus — Histoire d'une âme
  3. [3] Saint François de Sales — Introduction à la vie dévote
  4. [4] Jean-Pierre de Caussade, S.J. — L'Abandon à la Providence Divine
  5. [5] Jean-Pierre de Caussade, S.J. — L'Abandon à la Providence Divine
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