Je perçois dans votre question une lassitude profonde, comme si le poids de l’absence rendait chaque pas impossible. Avant même de chercher comment avancer, il me semble juste de simplement m’arrêter avec vous là où vous êtes, sans exiger de votre cœur qu’il soit déjà guéri ou qu’il comprenne ce qui lui arrive. Le deuil n’est pas un problème à résoudre, mais une réalité à traverser, et votre douleur a tout son droit d’exister devant Dieu.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a connu elle aussi ce déchirement où la consolation semblait refusée, et elle écrivait : « L'épreuve d'aujourd'hui est une douleur difficile à comprendre : une joie nous était offerte, elle était possible, naturelle, nous avançons la main... et nous ne pouvons saisir cette consolation si désirée ! Mais ce n'est pas une main humaine qui a fait cela, c'est Jésus ! [...] Je comprends tout ce que tu souffres, je comprends tes déchirements et je les partage » [4]. Elle ne cherchait pas à supprimer la peine, mais à y laisser Jésus s’unir intimement à elle, au cœur même des larmes.
Peut-être que surmonter le deuil ne signifie pas d’abord retrouver la paix, mais accepter que cette paix soit absente pour un temps, sans vous le reprocher. Saint François de Sales invitait à cette douceur envers soi-même : « Relevez donc votre cœur quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n’est pas chose admirable que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible » [1]. Votre cœur est infirme en ce moment, et cela n’est pas un échec spirituel ; c’est simplement la condition humaine blessée qui a besoin d’être tenue.
Quand les forces manquent, il n’est pas nécessaire de tout comprendre ni de tout ressentir. Le saint suggérait seulement de faire de petits gestes, même sans goût, pour ne pas laisser la tristesse tout envahir : « Faites des actions extérieures de ferveur, quoique sans goût, embrassant l’image du crucifix, la serrant sur la poitrine [...] élançant votre voix en Dieu par des paroles d’amour et de confiance » [3]. Ces gestes ne sont pas des performances, mais de minces fils jetés vers Dieu quand tout semble rompu.
Je ne sais pas si ces paroles rencontrent ce que vous portez aujourd’hui. Est-ce que cela a pu vous apporter un peu de douceur, ou y a-t-il autre chose que vous auriez aimé entendre ?